Le Mythe des Iles et Tapis de Déchets
Les grandes concentrations de déchets flottants de plastique dans le Pacifique nord sont connues sous le nom de «Great Pacific Garbage Patch» ou de «septième continent». Pourtant, il ne s’agit pas ici d’îles de déchets, ni de tapis reconnaissables sur les images satellite, mais plutôt de constellations de débris qui flottent sous la surface de l’eau, ressemblant à des nuages. Le matériau obéit à des tourbillons de courant complexes, et suivant les conditions atmosphériques, se voit rejeté de la surface dans des profondeurs pouvant atteindre 30 mètres. Par gros temps, on ne voit en général presque pas d’objets plastiques à la surface de l’eau. Depuis un bateau, on ne peut percevoir que les plus grandes pièces à l’œil nu, et à condition qu’il navigue à vitesse réduite. C’est l’une des raisons pour lesquelles le phénomène des accumulations de plastique dans les mers est resté ignoré pendant longtemps.

Hawaii: plus de Plastique que de Plages naturelles
La zone d’influence du Great Pacific Garbage Patch s’étend sur tout le littoral du Pacifique nord, de la Chine, de la Corée et du Japon au Canada et à la Californie en passant par la Russie et l’Alaska. Les courants de surface entraînent les objets qui aboutissent dans les zones calmes des tourbillons, où les débris flottants tournent en rond pendant des dizaines d’années souvent, se désintégrant en fragments toujours plus petits sous l’effet de la friction et de la lumière. Les îles Hawaii se trouvent au milieu du Pacifique nord. Selon la saison et les vents, les centres des grands tourbillons se déplacent vers le nord ou vers le sud. Cette situation conduit à ce que des quantités énormes de débris plastiques soient périodiquement rejetées sur les plages exposées de Hawaii. A certains endroits, le plastique l’emporte actuellement sur le sable naturel, comme par exemple sur Kamilo Beach à la pointe sud-ouest de Big Island, connue sous le nom de «Plastic Beach».

Sur les Traces des Débris Flottants de Plastique
Les grands systèmes de courants tridimensionnels dans les océans naissent sous l’influence de la rotation terrestre, des vents, des différences de pression, de température et de salinité, ainsi que de la topographie des fonds marins. A cause de leur complexité, l’étude de leur évolution est extrêmement difficile. Divers centres de recherche développent depuis des années des méthodes et instruments de prévision concernant la force et le tracé des courants. Avec le Global Drifter Programm de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA, US), on a en 2005 lancé pour la première fois un projet permettant de collecter systématiquement, et dans le monde entier, des données sur divers paramètres décisifs concernant l’évolution des courants et du climat. A cet effet, des bouées spéciales surveillées par satellite envoient aux centres de recherche, pour évaluation, des données relatives à leur position géographique, la teneur en sel et la température de l’eau, la pression atmosphérique, etc. Ainsi peut-on développer des modèles qui permettent par exemple de simuler l’itinéraire de débris flottants suite à un tsunami au Japon, ou de déterminer, à l’intention des expéditions de contrôle, des champs à haute concentration de débris flottants.

Prévision du déplacement des dàbris marins causés par le tsunami japonais, modèle SCUD (Surface Currents from Diagnostic) de Nicolai Maximenko et Jan Hafner.

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